Régime présidentiel cuba

L'explication n'est cependant pas satisfaisante : la prépondérance présidentielle ne date pas d'aujourd'hui et, dans un passé qui n'est pas partout révolu, les populations rurales attardées d'Amérique latine qui restaient soumises au paternalisme, ne participaient pas directement. N'est-il pas d'ailleurs quelque peu paradoxal que tant de poli- ticologues, surtout nord-américains, attribuent la déformation du régime présidentiel hors des Etats-Unis au besoin de personnaliser le pouvoir, puisqu'ils admettent que, dans le cas même des Etats- Unis, la personnalisation has-sante.fr obesite usa pouvoir au profit du président est inhérente au régime qui s'en accommode fort bien sans que l'équilibre des pouvoirs en souffre.

Lorsque ces politicologues exposent les mécanismes de l'élection présidentielle aux Etats-Unis, ils ne manquent pas d'insister sur le fait que. S'il faut admettre que le besoin de personnaliser le pouvoir est une tendance humaine très générale, — l'exemple de bien des pays, qui ne sont ni latino-américains, ni sous-développés. La corruption est un autre facteur qui, affirme-t-on souvent, pourrait provoquer la déformation du régime présidentiel dans les pays en voie de développement et, tout particulièrement, en Amérique latine.

La corruption — illégale par l'achat des complaisances, ou légale par la distribution des places et des faveurs — permettrait au président de s'assurer l'obéissance d'une partie des membres des assemblées et de se constituer une clientèle personnelle. C'est une croyance à la corruption générale que les observateurs étrangers entretiennent d'autant plus facilement que les oppositions latino-américaines s'efforcent toujours de l'accréditer.

Il est certainement permis de penser que, dans des pays dont l'intégration nationale n'est pas encore achevée, les milieux politiques s'estiment libres de déterminer leur attitude dans la politique nationale en fonction des intérêts personnels ou des intérêts de la clientèle. Mais il ne suffit pas de croire que les milieux politiques sont plus facilement corruptibles en Amérique latine qu'en Amérique du Nord, il faudrait pouvoir démontrer qu'ils le sont effectivement, ce qui n'a jamais été fait.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, la corruption sous ses diverses formes, ne paraît pas devoir entraîner nécessairement la déformation du régime présidentiel au profit du président plutôt qu'au profit des membres du Congrès. Sans parler de la corruption illégale, dont l'étendue est indémontrable, la distribution des dépouilles du pouvoir spoil system a été ouvertement pratiquée tout au long de l'histoire des Etats-Unis au xixe siècle ; elle a certainement joué un rôle très important dans les relations du président et du Congrès, mais n'a pas rompu l'équilibre des pouvoirs.

Les dispositions de la Constitution des Etats-Unis, qui sont aussi celles des Constitutions latino-américaines, ont contraint le président à partager ce pouvoir avec les membres du Congrès dont la popularité en a profité tout autant que la sienne.

On insiste, il est vrai, sur le fait que la richesse des dépouilles du pouvoir a été très réduite aux Etats-Unis, depuis le début du siècle, par la généralisation d'un statut du Civil service, mais on.

La distribution des faveurs reste toujours et partout un instrument de gouvernement, elle est un moyen de collaboration entre le gouvernement et les assemblées, mais, dans le cas de régimes instables tels que ceux de l'Amérique latine et en présence des garanties accordées aux fonctionnaires, la soif des dépouilles contribue bien moins à la consolidation du pouvoir présidentiel qu'à son renversement par des méthodes révolutionnaires, car c'est dans ce cas de vacance de la légalité que les dépouilles sont véritablement très riches.

Si l'incomplète maturité politique de l'Amérique latine facilite ces formes de corruption ou de pression, il serait plus juste d'y voir un des facteurs qui contribuent à la multiplication des coups d'Etat qu'un facteur important d'évolution du régime politique vers la prépondérance présidentielle. Les assemblées latino-américaines sont plus facilement manceu- vrées par le président que les assemblées nord-américaines ; il est tentant d'expliquer cette relative docilité par les différences entre le système des partis dans l'Amérique anglo-saxonne et dans l'Amérique latine.

Aux Etats-Unis, le régime présidentiel fonctionne dans un cadre où les night rider 6 singapore politiques se sont organisées en deux partis très solidement structurés ; on ajoute volontiers que c'est une vertu du régime présidentiel, lorsqu'il est correctement appliqué, que de freiner la multiplication des partis, en contraignant les différentes tendances politiques à s'unir pour n'être pas impuissantes lors de l'élection présidentielle qui est l'acte le plus important de la vie politique.

Malheureusement ce résultat n'a pas été obtenu en Amérique latine : comme trop souvent, en dehors du monde anglo-saxon, les forces politiques se divisent en un grand nombre de partis que, souvent, rien autre ne sépare que les ambitions personnelles de leurs chefs- Ce serait là une cause de l'impuissance des assemblées et de l'évolution du régime présidentiel vers le pouvoir personnel.

Les faits doivent être examinés de plus près : tout d'abord, s'il est parfaitement exact que, dans la majorité des pays latino- américains, il existe de très nombreux partis, ce n'est cependant pas partout le cas. En Colombie, par exemple, la vie politique a. Mais surtout, il est très contestable que le régime présidentiel nord-américain opère dans un véritable système bi-partisan.

Il est vrai, et cela est important pour le fonctionnement harmonieux du régime, que les forces politiques très diversifiées des Etats-Unis ont su s'affilier à l'une ou à l'autre de deux machines électorales pour les besoins de l'élection présidentielle.

Mais, aussitôt le président élu, chacune des nombreuses tendances et presque chacune des personnalités qui ont utilisé les services de la machine électorale retrouvent une grande liberté dans les assemblées pourvu qu'en le faisant elles ne nuisent pas à l'efficacité de l'organisation qui les a fait élire. Il arrive ainsi qu'un système bipartisan s'applique à l'élection présidentielle, mais qu'un système de multiples partis prévaut dans les assemblées au sein desquelles il existe rarement une majorité stable.

Si l'on observe, d'une part, l'indépendance de beaucoup de présidents vis-à-vis du parti dont ils se réclament et, d'autre part, le rôle individuel des sénateurs dans le Congrès, on est tenté de dire que le régime présidentiel des Etats-Unis est animé par des personnalités plutôt que par des partis. La véritable vertu du régime présidentiel n'est pas, semble-t-il, d'empêcher la pulvérisation des partis, mais, à la différence du régime parlementaire, de pouvoir fort bien s'en accommoder.

La différence qui existe ainsi dans le jeu des partis en Amérique latine et aux Etats-Unis devrait être de nature à affaiblir l'autorité présidentielle plutôt qu'à la renforcer. En effet l'impuissance des politiciens à s'entendre au moment de l'élection présidentielle pour n'opposer que deux candidats provoque souvent des élections tripartites ou quadripartites, si bien que le président n'est pas l'élu d'une majorité, mais d'une simple pluralité.

Il arrive même que cette pluralité soit très réduite quand, à raison des abstentions ou de l'exclusion légale des analphabètes, les votants ne sont qu'un faible pourcentage de la population d'âge électoral. Le verdict populaire sur lequel se fonde l'autorité du président peut paraître peu convaincant lorsque, ainsi qu'il est arrivé en au Pérou, le candidat le plus favorisé aux élections obtient voix, le second et le troisièmebien que la population soit de plus de dix millions d'habitants.

Le résultat d'une telle division des partis est surtout d'encourager les coups d'Etat, ainsi qu'il est arrivé au Pérou. Les explications de la prépondérance présidentielle par les infractions au principe de la séparation des pouvoirs.

Régime pour perdre du poids en 7 jours

Bien que les Constitutions d'Amérique latine soient très semblables dans leur forme à celle des Etats-Unis, comme elles sont plus récentes, il est arrivé que les constituants latino-américains, instruits par l'expérience, aient cependant apporté quelques modifications au modèle nord-américain.

Ces modifications ont souvent constitué des infractions au principe de la séparation des pouvoirs qui paraissait implicitement contenu dans la Constitution des Etats- Unis et certains auteurs pensent qu'elles ont pu contribuer à rompre l'équilibre des pouvoirs.

Mais ces infractions suggérées aux constituants latino-américains par l'expérience ne peuvent avoir que bien faiblement contribué à assurer la prépondérance présiden- telle, car elles n'ont fait, le plus souvent, que consacrer des pratiques, qui s'étaient révélées nécessaires aux Etats-Unis, mais que la difficulté d'amender la Constitution fédérale avait empêché d'officialiser. La différence la plus générale entre les Constitutions latino- américaines et nord-américaine est que les présidents latino-américains se sont vu reconnaître le droit de prendre l'initiative de projets de lois, alors que cette initiative est, en principe, refusée au président des Etats-Unis.

Mais ce n'est là que la reconnaissance d'une situation de fait qui s'est aussi imposée aux Etats- Unis : le Congrès a seul l'initiative de la législation, mais il est bien évident que rien ne peut empêcher l'administration de préparer des textes législatifs que ses amis dans les assemblées introduisent et défendent.

La différence importante n'est pas que les présidents latino-américains aient été directement dotés du pouvoir d'initiative de la législation tandis que les présidents nord- américains exercent indirectement ce pouvoir, c'est que les congrès latino-américains se servent beaucoup moins que celui des Etats- Unis d'un pouvoir qu'ils possèdent aussi bien que lui pour rejeter les projets d'initiative présidentielle, les amender et lui en imposer d'autres. Il est cependant, dans les institutions latino-américaines, une modalité du pouvoir présidentiel de veto sur la législation, différente de la pratique nord-américaine, qui présente un très grand intérêt et qui pourrait être de nature à rompre complètement l'équilibre des pouvoirs au profit du président.

Le veto est une pièce essentielle du régime présidentiel indispensable à l'équilibre des pouvoirs : puisque le président ne peut dissoudre les assemblées tandis que celles-ci peuvent lui imposer leur politique par l'exercice du pouvoir législatif, l'hégémonie du Congrès serait totale si l'utilisation du pouvoir législatif contre le président n'était rendue très difficile par l'obligation de réunir une majorité des deux tiers des assemblées pour surmonter un veto.

Il suffit, pour démontrer la puissance de cette arme entre les mains du président, de constater que, dans l'histoire politique des Etats-Unis, sur des centaines ot chego cellulite weleda vetos, le Congrès n'en a pas surmonté plus d'une trentaine.

Le pouvoir de veto n'a cependant pas entraîné une prépondérance présidentielle aux Etats-Unis, parce que, tel qu'il est exercé, il ne paralyse que partiellement le libre exercice du pouvoir législatif des assemblées.

Le veto de la pratique constitutionnelle nord-américaine est, en effet, un veto global : le président doit accepter la loi telle que le Congrès l'a votée ou la rejeter totalement. Dans ces conditions, s'il est difficile aux assemblées de surmonter un veto présidentiel, il leur est, en revanche, très facile d'éviter le risque du veto en procédant par amendement et d'introduire dans un texte soutenu par l'administration des dispositions étrangères à l'esprit du projet.

Cette pratique, dite du rider, permet d'imposer au président des mesures auxquelles il opposerait sans doute son veto, sans que le Congrès puisse réunir la majorité spéciale pour le surmonter, si, pour le faire, il n'était obligé de renoncer aussi au reste du projet qu'il a préparé ou suggéré. Par cette pratique du veto global, chacun est obligé de transiger et l'équilibre des pouvoirs peut être maintenu.

Le veto présidentiel est beaucoup plus efficace en Amérique latine parce que la pratique constitutionnelle a souvent introduit le veto partiel : le président peut non seulement refuser son approbation à une loi, mais aussi à un seul article ou même à un seul mot et l'on trouve de longues lois, dont le texte parsemé de blancs a été l'objet d'une rigoureuse censure présidentielle.

Le veto partiel est une innovation latino-américaine très importante, à laquelle on ne prête pas assez d'attention. La pratique présente certains avantages incontestables : elle permet une revision de la législation qui sert souvent à réparer rapidement des inadvertances, mais surtout elle permet au président de s'opposer aux amendements qui entraîneraient des dépenses inconsidérées, en particulier à celles que les assemblées engagent si volontiers au profit des groupes de pression auxquels leurs membres s'intéressent.

On prête au président Eisenhower, à cet égard, le regret de n'avoir pas eu le veto partiel à sa disposition. Mais, le veto partiel serait évidemment de nature à transformer le régime présidentiel et à rompre l'équilibre des pouvoirs aux profits du président : il suffit à celui-ci du consentement d'une simple majorité des assemblées pour obtenir la législation qu'il désire ; celles-ci n'ont d'autre moyen d'imposer leur volonté au président que de réunir l'introuvable majorité des deux tiers.

Mais, dans le cas de l'Amérique latine, il faut chercher d'autres causes à la prépondérance présidentielle, car on constate que les présidents latino-américains ont beaucoup moins souvent besoin de recourir au veto que celui des Etats-Unis : au Mexique, par exemple, pays où la prépondérance présidentielle est la plus marquée, le veto n'a presque jamais à intervenir, sans que la docilité du Congrès en souffre.

Mais, partout, quel que soit le soin que les Constitutions prennent de réserver le pouvoir législatif aux assemblées, il paraît bien difficile qu'un gouvernement soit possible dans le monde moderne sans que les assemblées consentent de temps à autre à habiliter le pouvoir exécutif, à légiférer par décret et à prendre des mesures exceptionnelles.

Aux Etats-Unis, même, la pratique de très larges délégations du pouvoir législatif n'est pas inconnue : ces délégations de pouvoir ont permis une relative hégémonie du président Franklin Roose. Dans des situations d'urgence, les règles constitutionnelles s'infléchissent partout au profit du pouvoir exécutif, mais, aux Etats- Unis, l'équilibre rompu ne tarde pas à se rétablir- Là encore, ce qu'il faudrait expliquer est la raison qui contraint les assemblées latino-américaines à consentir plus facilement une concentration des pouvoirs entre les mains du président et qui contraint aussi les tribunaux à interpréter plus largement les Constitutions en sa faveur.

Même si la reconnaissance du droit d'initiative présidentielle ou du veto partiel pouvaient constituer un avantage au profit du président, cet avantage serait plus que compensé par une autre entorse à la séparation des pouvoirs qui, dans la majorité des pays d'Amérique latine, permet aux assemblées d'exiger la comparution des ministres.

Dans quelques pays, au Pérou et en Equateur par exemple, les questions posées aux ministres peuvent même conduire à un vote de censure qui contraint le président à se séparer de ses collaborateurs. En face d'un président qui n'a pas le droit de dissolution, cet embryon de parlementarisme serait de nature à conduire à l'hégémonie des assemblées s'il n'était pas d'autres raisons qui les incitent à s'incliner devant l'autorité présidentielle.

Dans ces pays, la prépondérance présidentielle n'en est pas moins bien établie. Toutes ces explications de la transformation du régime présidentiel en régime de prépondérance présidentielle peuvent avoir quelque valeur, mais elles sont certainement très insuffisantes et c'est dans les besoins mêmes auxquels le régime a dû faire face dans des pays en voie de développement qu'il faut chercher les raisons qui conduisent les assemblées à ne pas se servir de même façon que celles des Etats-Unis de pouvoirs qu'elles possèdent également.

L'explication de la prépondérance présidentielle par l'adaptation du régime aux besoins de pays en voie de développement. Il ne paraît pas nécessaire de rechercher très loin les facteurs sociologiques de la prépondérance présidentielle en Amérique latine : l'observation du fonctionnement du régime présidentiel aux Etats-Unis suffit à indiquer la direction dans laquelle la recherche doit s'orienter. En longue durée, l'équilibre des pouvoirs s'est maintenu aux Etats-Unis, mais il est arrivé souvent qu'il ait temporairement été rompu et, lorsqu'il l'a été au profit du président, ce fut toujours dans des périodes de tension.

Les présidences de Jackson ont été une période de prépondérance présidentielle : cette période a correspondu à la véritable révolution politique et sociale qui consacre la fin du monopole politique des aristocrates de la terre ou du commerce et l'ascension politique des populations de l'Ouest ; la présidence de Lincoln a été un régime de prépondérance présidentielle qui correspond à la grande crise de la guerre de Sécession et à la nécessité d'assurer par la force un commencement d'intégration nationale des populations attardées du Sud ; tant que la première guerre mondiale a duré, la prépondérance de Wilson s'est imposée et cette prépondérance n'a pris fin qu'avec la guerre ; enfin, la crise économique de qui a ébranlé la société nord-américaine a provoqué la prépondérance de Franklin Roosevelt et la tentative de la Cour suprême pour freiner cette prépondérance a paru intolérable.

Quelle que soit donc la forme des régimes politiques, si soucieuses que les assemblées représentatives soient de préserver leurs prérogatives, il est inévitable que, dans les périodes de grande tension, l'équilibre des pouvoirs soit rompu au profit du chef du pouvoir exécutif : suspension des garanties constitutionnelles, pleins pouvoirs ou, tout au moins, auto-discipline des assemblées, doivent intervenir dans ce cas.

Mais, dans les pays développés, ces périodes de graves tensions constituent des crises que séparent de longs intervalles de calme ; l'urgence passée, l'équilibre peut se rétablir avant qu'une autre crise ne se présente et les assemblées représentatives compensent leur soumission temporaire par une agressivité, dont Johnson et Grant ont souffert après Lincoln, Wilson dès la guerre terminée, Truman, Eisenhower et même Kennedy après Roosevelt.

Ce rétablissement de l'équilibre des pouvoirs ne pouvait se produire de même façon en Amérique latine, car ce sont les périodes. Les retards de l'évolution, la rapidité des changements inévitables et la désarticulation de la société qui en résulte, imposent un appel fréquent à des pouvoirs exceptionnels.

Cet état de choses est particulièrement accusé dans les grands pays d'Amérique latine, du type mexicain, brésilien, colombien ou chilien, dont le développement est assez avancé pour que la partie évoluée et la partie archaïque de la société soient d'importance numérique relativement équilibrée : les retards de la société archaïque ne sont plus supportables ; elle doit être transformée et ne peut l'être que par des méthodes relativement autoritaires.

Dans cette situation révolutionnaire, la prépondérance présidentielle, qui permet d'agir rapidement et énergiquement, devient l'état normal du régime au lieu d'en constituer une perturbation temporaire.

C'est ainsi que le régime présidentiel du type nord-américain se transforme en régime de prépondérance présidentielle du type latino-américain. Il est possible que divers facteurs propres à l'ethnie latino-américaine aient joué un rôle accessoire dans cette transformation, mais la cause principale s'en trouve dans la nécessité d'adapter le régime importé des Etats-Unis à des circonstances qui rendent l'application des institutions démocratiques beaucoup plus difficile.

La limitation du pouvoir présidentiel dans le temps. Il n'est pas contestable que, dans les conditions difficiles qui sont celles des pays en voie de développement, l'Amérique latine a dû renoncer à assurer l'équilibre des pouvoirs et à limiter étroitement les pouvoirs du président ; il n'est pas contestable non plus qu'en le faisant elle s'est écartée de l'orthodoxie de la démocratie représentative.

Mais, si les pays occidentaux, dans lesquels se sont formés les régimes démocratiques, ont cherché les garanties de la liberté politique dans la limitation de l'étendue des pouvoirs du gouvernement, cela ne signifie pas qu'il n'existe pas d'autres moyens de préserver cette liberté et que l'Amérique latine se soit abandonnée à un pouvoir personnel arbitraire.

La tâche des gouvernants d'Amérique latine est difficile, plus difficile que dans d'autres pays en voie de développement qui se résignent facilement à la dictature d'une personne ou d'un parti. A raison de la pleine participation des élites de cette partie du monde à la culture européenne du xixe siècle, l'Amérique latine. Mais, à raison de l'absence d'une maturité politique assez générale, à raison de structures sociales archaïques résistantes, il est nécessaire que l'autorité des gouvernants s'exerce assez librement pour qu'ils puissent faire face à des états de tension fréquents et prendre des mesures d'urgence.

Politique à Cuba

Les deux exigences sont contradictoires et les possibilités de transaction entre les deux besoins qui doivent être satisfaits sont réduites. La transaction que constitue le régime politique latino-américain, lorsqu'il est correctement appliqué, est ingénieuse et permet de conserver le maximum de liberté et de légalité en sacrifiant le minimum d'efficacité.

Faute de pouvoir limiter l'étendue des pouvoirs du président et d'en assurer un contrôle efficace par les assemblées qui risquerait de paralyser dangereusement le gouvernement, le régime de prépondérance présidentielle s'efforce de réduire l'arbitraire dans l'exercice du pouvoir et de préserver les fondements de la démocratie en limitant sévèrement dans sa durée l'autorité présidentielle qui ne peut l'être dans son étendue.

Toutes les Constitutions latino-américaines, en effet, sauf celles de deux ou trois pays — tels que le Paraguay — qui n'ont jamais évité la dictature, limitent étroitement la durée du mandat présidentiel.

Suivant les pays, cette durée est de quatre à six ans, six ans étant le mode le plus fréquent, mais dans aucun le président n'est immédiatement rééligible ; le Mexique, instruit par l'expérience, interdit même définitivement tout second mandat.

C'est au respect de la règle de non-rééligibilité que doit se mesurer le caractère démocratique ou non d'un gouvernement latino-américain.

Dans beaucoup de pays latino-américains, les pouvoirs de fait d'un président constitutionnel sont si larges et si librement exercés qu'il peut paraît difficile de les distinguer de ceux d'un dictateur, mais un président se retire au bout de six ans au maximum et celui qui reste plus longtemps est un dictateur. Si la règle de non-rééligibilité immédiate est véritablement respectée, le principe essentiel de la démocratie politique subsiste puisque, au bout de six ans, l'électeur est appelé à choisir celui qui le gouverne.

Pendant la durée du mandat, le danger de voir un président utiliser ses pouvoirs de façon arbitraire, au mépris de la légalité, est relativement réduit, ainsi que le prouve l'expérience. Le président sait qu'il n'est là que pour quelques années et, s'il. La limitation du pouvoir dans sa durée peut n'être pas moins efficace que la limitation du pouvoir dans son étendue et ne comporte pas le même risque d'en paralyser l'exercice.

Dans la mesure où la limitation peut être effective, le régime de prépondérance présidentielle peut être, pour des pays en voie de développement, un moyen de traverser une phase d'évolution difficile sans renoncer complètement aux institutions politiques démocratiques. Son utilisation est plus accessible, il est vrai, aux pays d'Amérique latine qu'à d'autres pays en voie de développement, parce qu'il implique une grande consommation d'hommes d'Etat dont ces pays sont encore pauvres, ce qui n'est pas le cas de l'Amérique latine dont le développement est déjà relativement avancé.

La limitation du pouvoir dans sa durée peut être très efficace, mais encore faut-il qu'elle soit respectée et c'est là le point faible du régime de prépondérance présidentielle de l'Amérique latine. La règle du départ du président après un seul mandat est sévère et la tentation est grande pour lui de se perpétuer au pouvoir : la leçon du prince-président l'a bien appris aux Français qui en ont gardé la crainte du régime présidentiel. Il est des pays latino- américains dans lesquels presque tous les présidents ont succombé à la tentation et il n'en est pas un seul dans lequel, une fois au moins, un président n'y ait succombé.

L'élection présidentielle et l'approche de cette élection sont toujours des périodes dangereuses. Il semble même que la règle de non-rééligibilité immédiate qui permet un retour au pouvoir après le passage d'un autre président ne soit pas suffisante- II est, en effet, souvent arrivé qu'un président, qui n'ose pas violer ouvertement la règle. Cette modalité du continuisme a servi à dissimuler de très longues et très complètes dictatures : celles de Trujillo en République dominicaine ou celle de Gomez au Venezuela par exemple et, au Mexique, Calles a tenté d'établir la.

Il est bon que, comme aujourd'hui au Mexique, le président, une fois son mandat terminé, doive se retirer définitivement de la vie politique.

Succès et insuccès dans la mise en oeuvre du régime de prépondérance présidentielle. Il suffit pour que le régime de prépondérance présidentielle s'oriente dans la voie de la dictature que la règle de non-rééligibilité, au moins immédiate, ne soit pas respectée ou qu'elle soit tournée par l'intermédiaire d'hommes de paille. La démocratie ne se consolide en Amérique latine que dans la mesure où l'opinion publique tient le continuisme pour un outrage aux institutions qui ne peut pas être toléré, de telle façon que le président, certain d'échouer dans la tentative de perpétuer son pouvoir, ne puisse céder à la tentation de le faire.

Il ne faut donc pas juger de l'échec ou du succès des institutions de la démocratie représentative en Amérique latine à la plus ou moins grande indépendance des assemblées représentatives et à l'efficacité du contrepoids qu'elles constituent au pouvoir présidentiel : l'esprit du régime de prépondérance présidentielle latino-américain n'est pas le même que celui du régime présidentiel nord-américain ; il n'est pas celui de l'équilibre des pouvoirs, mais de la limitation dans sa durée d'un pouvoir prépondérant mais éphémère.

Le jugement porté sera différent suivant que l'on s'attache au plus grand nombre des pays d'Amérique latine ou à la plus grande partie des populations latino-américaines. Dans le plus grand nombre de pays, — tous ceux qui, enavaient des populations de moins de dix millions d'habitants, à l'exception du Chili et du Costa-Rica, — le régime de prépondérance présidentielle n'a jamais pu s'affermir et a dégénéré, le plus souvent, en dictatures personnelles, parfois arbitraires et cruelles.

La situation est bien différente dans les quelques grands pays qui contiennent la masse des populations latino-américaines : sans doute, ceux-ci n'ont pas échappé complètement aux dangers du continuisme et de la dictature puisque le Mexique, avant la révolution dea été minceur hennebont horaires à la longue dictature de Porfirio Diaz de àl'Argentine à celle de Péron de àle Brésil à celle de Vargas de àet que même la Colombie a connu le court inter.

Mais le régime de prépondérance présidentielle a bien plus souvent fonctionné régulièrement dans les trois derniers de ces pays, après les premiers troubles de l'indépendance. Ces pays en voie de développement sont encore exposés à des révolutions et à des coups d'Etat, mais les milieux politiques et l'ensemble des populations politiquement actives ont si bien pris conscience des dangers du continuisme que le coup de force qui rencontrerait le plus de résistance serait celui d'un président qui tenterait de prolonger son mandat.

En dépit des pouvoirs dont dispose le président, il paraît plus facile pour ses adversaires de le renverser par la force que pour lui- même de se maintenir au pouvoir par la force. Ce qui témoigne le mieux des progrès dans le fonctionnement du régime de prépondérance présidentielle est le fait que, de plus en plus souvent, en dépit des allégations de pressions et de fraudes électorales, les élections présidentielles se terminent par le succès de candidats d'opposition à l'administration sortante.

On trouve aussi deux témoignages remarquables de l'idée que pour éviter la dégénérescence du régime en dictature, l'alternance des partis ou des personnalités est indispensable : ceux de la Colombie et ceux du Mexique. Enun coup d'État porte au pouvoir le général Fulgencio Batista. La contestation monte sous la dictature de cet ex- président qui est chassé du pouvoir par des rebelles armés en L'adoption de politiques de gauche, dont une importante réforme agraire et des nationalisations, suscite rapidement des tensions entre le nouveau régime, que dirige Fidel Castroet le gouvernement américain.

Les représailles économiques adoptées par les États-Unis font mal à Cuba qui compte sur l'aide de l' Union des républiques socialistes soviétiques URSS pour ériger un modèle de développement socialiste.

Des avancées sont faites en santé et en éducation, mais la répression exercée contre l'opposition entraîne le départ de milliers de réfugiés. Déjà difficile économiquement, la situation cubaine connaît un autre recul au cours des années 90 avec la chute du bloc communiste. Isolé, l'État, que dirige toujours Castro au début du XXIe siècle, adopte quelques mesures libérales sans remettre en question son orientation socialiste.

Cette approche perdure sous Raoul Castro qui succède à son frère en Depuisce pays a été marqué par l'affrontement avec 2 groupe sfaction s ou territoire s ayant fait, pendant les périodes indiquées, au moins 25 morts par année: Conseil révolutionnaire cubain M Au plan de l'organisation des pouvoirs, il s'agit d'un État unitaire. Le régime politique est généralement associé à une dictature; l'essentiel des pouvoirs se trouve entre les mains du groupe dirigeant.

Le système électoral est du type scrutin à deux tours. Le système partisan est généralement associé à la catégorie suivante: unipartisme. Chronologie contemporaine Liste des dirigeants politiques depuis Indice de corruption Évolution du niveau de démocratie.

Régime Politique de Cuba

Politique extérieure. Les réformes de gauche adoptées par Cuba après la révolution de suscitent un raidissement des relations avec les États-Unis. La tentative avortée d'invasion à la baie des Cochons, enincite Fidel Castro à se tourner vers l' Union des républiques socialistes soviétiques URSS pour assurer sa sécurité. Un des épisodes les plus mouvementés de la guerre froidela crise des missiles de Cubaenest dénoué en partie grâce à l'engagement des Américains qu'ils ne chercheront pas à envahir l'île.

Figure de proue du mouvement révolution naire international, le gouvernement cubain engage son corps expéditionnaire dans des luttes armées au cours des années Il apporte par exemple son appui à des mouvements gauchistes en Angola et en Éthiopie.

Le démembrement de l' URSSenplace cependant les Cuba ins dans une situation d'isolement au cours des années L'homosexualité à Cuba : de la stigmatisation à la constitutionnalisation octobre Vent de changement constitutionnel à Cuba octobre Élections cubaines en : y aurait-il une opposition?

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